Donner de l’argent à son enfant, pour l’aider à acheter son premier logement, financer ses études ou simplement lui apporter un coup de pouce, est un geste courant. Cette opération porte un nom juridique précis : le don manuel. Contrairement à une idée répandue, un virement ou une remise de chèque à un enfant n’est pas anodin sur le plan fiscal : au delà de certains seuils, il doit être déclaré à l’administration fiscale, sous peine de conséquences qui peuvent se révéler lourdes, y compris plusieurs années plus tard, au moment d’une succession.
Depuis le 1er janvier 2026, un changement important modifie la façon de procéder : la déclaration du don manuel s’effectue désormais, dans la grande majorité des cas, exclusivement en ligne sur impots.gouv.fr. Voici ce qu’il faut savoir pour transmettre une somme d’argent à un enfant en toute sécurité.
- Un parent peut donner jusqu'à 100 000€ par enfant tous les 15 ans, sans droits de donation.
- Ce plafond peut atteindre 131 865 € grâce au don familial de sommes d'argent, si le donateur a moins de 80 ans.
- Depuis le 1er janvier 2026, la déclaration se fait, sauf exception, exclusivement en ligne sur impots.gouv.fr.
- Le don doit être déclaré dans le mois qui suit sa remise, même lorsqu'aucun droit n'est dû.
- À défaut de déclaration, le don peut être requalifié en recel successoral lors du règlement de la succession.
Don manuel, présent d'usage ou donation notariée ?
Toute somme d’argent versée à un enfant n’obéit pas au même régime. Trois notions sont à distinguer, car elles n’entraînent ni les mêmes formalités, ni le même traitement fiscal.
| Don manuel | Présent d'usage | Donation notariée | |
|---|---|---|---|
| Définition | Remise d'une somme d'argent ou d'un bien meuble | Cadeau à l'occasion d'un événement (anniversaire, réussite, mariage) | Acte réalisé devant notaire |
| Formalisme | Aucun acte requis | Aucun acte requis | Acte authentique obligatoire |
| Déclaration fiscale | Obligatoire, en ligne depuis 2026 | ✗ Non concerné | Réalisée par le notaire lors de l'acte |
| Abattement applicable | 100 000 € (+ 31 865 € sous conditions) | Sans montant chiffré, apprécié selon les revenus du donateur | 100 000 € (+ 31 865 € sous conditions) |
| Risque en cas de litige | Recel possible si non révélé à la succession | Requalification en don manuel si le montant est excessif | Sécurité juridique maximale |
- À noter : le présent d'usage doit rester proportionné au niveau de vie et au patrimoine du donateur. Un virement de plusieurs dizaines de milliers d'euros pour un anniversaire ne sera jamais qualifié de présent d'usage par l'administration fiscale : il s'agira d'un don manuel, à déclarer comme tel.
Combien peut on donner à un enfant sans payer de droits ?
La fiscalité des donations entre parents et enfants repose sur un abattement de 100 000 €, prévu par l’article 779 du Code général des impôts. Chaque parent peut ainsi donner jusqu’à ce montant à chacun de ses enfants, sans qu’aucun droit de donation ne soit dû. Cet abattement se renouvelle tous les 15 ans et peut être utilisé en une seule fois ou de manière fractionnée sur la période.
À cet abattement de droit commun s’ajoute, sous conditions, le don familial de sommes d’argent prévu à l’article 790 G du Code général des impôts : une exonération complémentaire de 31 865 €, cumulable avec l’abattement de 100 000 €. Trois conditions doivent être réunies :
- Dispositif temporaire : jusqu'au 31 décembre 2026, une exonération supplémentaire de 100 000 € par donateur, plafonnée à 300 000 € par enfant bénéficiaire, s'applique aux dons de sommes d'argent affectés à l'achat d'un logement neuf ou à des travaux de rénovation énergétique, sous conditions d'utilisation des fonds dans les six mois. Ce dispositif étant borné dans le temps, sa disponibilité doit être vérifiée au moment du don.
Comment déclarer un don manuel en 2026
C’est en principe le donataire, c’est à dire l’enfant qui reçoit le don, qui doit procéder à la déclaration. Depuis le 1er janvier 2026, en application du décret n° 2025 1082 du 17 novembre 2025, cette déclaration s’effectue exclusivement en ligne, sauf cas de dispense précisément listés (absence d’accès à internet, donataire mineur, dispositif Dutreil notamment). Le formulaire papier Cerfa n° 2735 n’est donc plus la voie normale.
Une donation à préparer pour votre enfant ?
Les risques en l'absence de déclaration
Un don manuel non déclaré n’est pas un don « sans conséquence » : il reste connu de la famille, mais reste invisible pour l’administration fiscale et, surtout, pour les autres héritiers au moment de la succession.
- Sur le plan fiscal : un don découvert lors d'un contrôle, plutôt que déclaré spontanément, expose le bénéficiaire à un redressement assorti d'intérêts de retard. La révélation spontanée du don, dans le délai légal, permet en revanche de faire courir le délai de 15 ans pour le renouvellement des abattements et, pour certains montants, d'opter pour un paiement différé au décès du donateur.
- Sur le plan civil : un don manuel volontairement dissimulé aux autres héritiers lors du règlement de la succession peut être qualifié de recel successoral. L'héritier qui a recélé perd alors tout droit sur la somme dissimulée, tout en restant tenu de la rapporter à la succession : une sanction qui peut se révéler bien plus coûteuse que les droits de donation qui auraient été dus.
C’est précisément pour éviter ces situations que l’anticipation et la transparence entre héritiers restent la meilleure protection, tant pour le donateur que pour l’enfant qui reçoit le don.
Le rôle du notaire dans l'organisation d'un don manuel
Le don manuel ne nécessite pas, par principe, le passage devant notaire. Son intervention reste néanmoins précieuse pour sécuriser l’opération et anticiper ses conséquences sur l’équilibre familial et sur la succession à venir.
Le notaire peut notamment vous conseiller sur le choix entre don manuel simple et donation notariée, plus formalisée mais offrant une sécurité juridique renforcée, en particulier lorsque plusieurs enfants sont concernés. Il peut également établir un pacte adjoint, document qui vient préciser les conditions du don sans en remettre en cause le caractère manuel.
- Exemple : un don manuel destiné à financer l'achat de la résidence principale d'un enfant marié peut être assorti, via un pacte adjoint rédigé par le notaire, d'une clause de remploi et d'une clause d'exclusion de communauté, afin que la somme donnée reste un bien propre de l'enfant.
Questions fréquentes
Oui. La déclaration est obligatoire dans le mois suivant la remise du don, y compris lorsque le montant reste couvert par les abattements et qu'aucun droit de donation n'est à payer. Cette déclaration permet de dater officiellement le don et de faire courir le délai de 15 ans pour le renouvellement de l'abattement.
C'est en principe le donataire, c'est à dire l'enfant qui reçoit la somme, qui doit effectuer la déclaration auprès de l'administration fiscale, depuis son propre espace personnel sur impots.gouv.fr.
Le formulaire papier reste utilisable uniquement dans des cas de dispense précisément définis par le décret n° 2025-1082 du 17 novembre 2025 : absence d'accès à internet, donataire mineur, ou encore certaines transmissions relevant du dispositif Dutreil. En dehors de ces situations, la déclaration en ligne est désormais la voie normale.
Prévu par l'article 790 G du Code général des impôts, cet abattement complémentaire s'applique aux dons d'argent, à condition que le donateur ait moins de 80 ans et que le bénéficiaire soit majeur ou mineur émancipé. Il se cumule intégralement avec l'abattement classique de 100 000 €, ce qui porte le total transmissible sans droits à 131 865 € par enfant.
Sur le plan fiscal, une découverte du don lors d'un contrôle peut entraîner un redressement assorti d'intérêts de retard. Sur le plan civil, un don manuel volontairement dissimulé aux autres héritiers au moment de la succession peut être qualifié de recel successoral : l'enfant qui a bénéficié du don et l'a caché perd alors tout droit sur cette somme, tout en devant la réintégrer à la masse successorale.

