Baux commerciaux : ce que change la loi de simplification 2026

Paiement mensuel du loyer, plafonnement du dépôt de garantie, indexation encadrée, clause résolutoire réformée : quatre mesures importantes à connaître si vous êtes bailleur ou preneur d'un local commercial.

La loi n° 2026-403 de simplification de la vie économique, promulguée le 26 mai 2026 et publiée au Journal officiel le 27 mai 2026, est entrée en vigueur le 28 mai 2026. Parmi ses nombreuses dispositions, deux articles, les articles 62 et 63, modifient en profondeur le régime juridique des baux commerciaux régi par les articles L. 145-1 et suivants du Code de commerce.

Ces réformes touchent à la fois les relations financières entre bailleur et preneur (loyer, dépôt de garantie, indexation) et les mécanismes contentieux (clause résolutoire). Certaines dispositions s’appliquent aux baux en cours dès la prochaine échéance de loyer ; d’autres ne valent que pour les procédures introduites après l’entrée en vigueur de la loi.

L'essentiel à retenir
Art. 62 · Mesure 1
Paiement mensuel des loyers
Nouvel art. L. 145-32-1 C. com. Le preneur peut demander à régler son loyer mensuellement s'il est à jour de ses obligations. Applicable aux baux en cours.
Art. 62 · Mesure 2
Indexation "tunnel" validée
Nouvel art. L. 145-38-1 C. com. Les clauses encadrant la variation de l'ILC à la hausse et à la baisse dans les mêmes proportions sont légalement reconnues.
Art. 62 · Mesure 3
Garanties plafonnées à 3 mois
Art. L. 145-40 modifié. Toutes les garanties locatives (pas seulement le dépôt de garantie) sont plafonnées à 3 mois. Règles de restitution et de sort en cas de vente organisées.
Art. 63 · Mesure 4
Clause résolutoire encadrée
Art. L. 145-41 modifié. Le juge ne peut suspendre la clause résolutoire que si le preneur prouve sa capacité à régler la dette et reprend le loyer courant avant la première audience.

Paiement mensuel des loyers : un nouveau droit pour le preneur

Jusqu’ici, la périodicité du loyer dans un bail commercial relevait du libre accord des parties, et il était courant de stipuler un paiement trimestriel d’avance. La loi de simplification introduit un article L. 145-32-1 nouveau dans le Code de commerce, d’ordre public, qui renverse partiellement cet équilibre.

Tout preneur qui est à jour dans le règlement de ses loyers et charges peut désormais demander à régler son loyer mensuellement. Cette disposition est d’ordre public, ce qui signifie qu’une clause contraire dans le bail ne peut pas y faire obstacle.

28 mai 2026

Date d’entrée en vigueur – Applicable aux baux en cours dès la prochaine échéance

Indexation "tunnel" : une sécurité juridique bienvenue

La révision annuelle du loyer commercial est indexée, selon les cas, sur l’Indice des Loyers Commerciaux (ILC) ou l’Indice des Loyers des Activités Tertiaires (ILAT). Ces indices peuvent, certaines années, évoluer de façon significative, à la hausse comme à la baisse.

Pour limiter ces variations, certains bailleurs et preneurs avaient pris l’habitude de stipuler des clauses dites « tunnel », plafonnant la variation annuelle dans une fourchette symétrique (par exemple, entre -10 % et +10 % de variation de l’indice). La validité de ces clauses avait pu être discutée en jurisprudence.

Le nouvel article L. 145-38-1 du Code de commerce valide expressément les clauses d’indexation « tunnel » ayant pour effet d’encadrer la variation annuelle de l’ILC dans les mêmes proportions à la hausse et à la baisse. Cette reconnaissance légale sécurise les contrats comportant de telles stipulations et ouvre la voie à leur généralisation.

Dépôt de garantie et garanties locatives : le plafond fixé à 3 mois

L’article L. 145-40 du Code de commerce est complété pour plafonner à trois mois de loyer l’ensemble des garanties locatives pouvant être demandées au preneur, et non plus seulement le dépôt de garantie stricto sensu. Cette précision est importante : elle vise aussi les garanties atypiques que certains bailleurs pouvaient exiger cumulativement.

Garanties locatives Avant la loi Depuis le 28 mai 2026
Plafond du dépôt de garantie Pas de plafond légal général 3 mois maximum
Autres garanties locatives Montants librement fixés Incluses dans le plafond de 3 mois
Règles de restitution Peu encadrées Organisées par la loi
Sort en cas de vente du local Dépendait des actes Réglementé par la loi

La loi organise également les modalités de restitution des garanties en fin de bail, ainsi que leur sort en cas de vente des locaux commerciaux, un point jusque-là source de difficultés pratiques lorsque le bailleur changeait en cours de bail.

Clause résolutoire : le preneur doit prouver sa capacité de paiement

La clause résolutoire est une stipulation quasi systématique dans les baux commerciaux : elle prévoit la résiliation de plein droit du bail en cas de non-paiement des loyers, après commandement de payer resté infructueux pendant un délai d’un mois. Le preneur en difficulté pouvait jusqu’ici solliciter du juge des délais de paiement, ce qui avait pour effet de suspendre les effets de la clause résolutoire.

L’article 63 de la loi durcit les conditions de cette suspension. Désormais, le juge ne peut accorder de délais de paiement, et donc suspendre la clause résolutoire pour non-paiement des loyers, qu’à la double condition que le preneur :

1
Démontre sa capacité à régler l'intégralité de sa dette locative
Le preneur doit apporter la preuve qu'il est en mesure d'apurer la totalité des loyers et charges impayés dans les délais accordés.
2
A repris le versement intégral du loyer courant avant la date de la première audience
Cette condition est nouvelle et déterminante : le juge vérifiera que le preneur a, en pratique, recommencé à honorer ses loyers courants avant même de comparaître à l'audience.

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Ce que cela change concrètement pour vos contrats

Que vous soyez propriétaire d’un local commercial ou exploitant d’un fonds de commerce, ces évolutions législatives peuvent justifier une relecture de vos baux en cours et une mise à jour de vos pratiques contractuelles.

Pour les bailleurs, l’entrée en vigueur immédiate de la mensualisation des loyers et du plafonnement des garanties impose d’adapter la gestion locative sans attendre le renouvellement du bail. Pour les preneurs, ces nouvelles dispositions d’ordre public constituent des droits auxquels il n’est pas possible de renoncer par avance.

Le notaire intervient utilement pour examiner les baux existants, identifier les clauses devenues caduques ou contraires à la loi nouvelle, et rédiger les avenants nécessaires. Il accompagne également les parties lors de la conclusion de nouveaux baux en intégrant d’emblée les nouvelles règles.

Audit du bail

Identification des clauses impactées par la loi nouvelle (garanties, indexation, clause résolutoire).

Rédaction d'avenant

Mise en conformité du bail en cours avec les nouvelles dispositions d’ordre public.

Conseil stratégique

Arbitrage entre les intérêts du bailleur et du preneur dans la négociation des nouvelles stipulations.

Questions fréquentes

Non. Le nouvel article L. 145-32-1 du Code de commerce s'applique uniquement aux baux portant sur des locaux destinés à l'exercice d'une activité de commerce de détail ou de gros, ou de prestations de services à caractère commercial ou artisanal. Les locaux de bureaux ou les entrepôts purs ne sont pas concernés par ce droit à la mensualisation.

Non, dès lors que le preneur est à jour de ses loyers et charges. La disposition est d'ordre public, ce qui signifie qu'une clause contractuelle contraire serait sans effet. Le bailleur ne peut donc pas s'y opposer par avance dans le bail, ni refuser la demande d'un preneur qui remplit la condition d'être à jour de ses obligations.

Une clause d'indexation "tunnel" fixe des bornes symétriques à la variation annuelle de l'indice de référence (ILC ou ILAT). Par exemple, si les parties conviennent que la variation prise en compte ne peut excéder 3 % à la hausse ni descendre en deçà de -3 % à la baisse, quelle que soit l'évolution réelle de l'indice, on parle de clause tunnel. La loi valide désormais expressément ces clauses, mettant fin aux incertitudes jurisprudentielles sur leur licéité.

La question de l'application du plafond de 3 mois aux dépôts de garantie constitués avant l'entrée en vigueur de la loi mérite une analyse au cas par cas. La loi organise l'entrée en vigueur différée de certaines de ses dispositions relatives aux garanties. Il est recommandé de consulter un notaire ou un avocat spécialisé pour évaluer les obligations concrètes pesant sur votre situation particulière.

Depuis le 28 mai 2026, le juge ne peut suspendre les effets de la clause résolutoire pour non-paiement des loyers qu'à deux conditions cumulatives : le preneur doit d'une part démontrer sa capacité à régler l'intégralité de sa dette locative, et d'autre part avoir effectivement repris le versement intégral du loyer courant avant la date de la première audience. À défaut de satisfaire à l'une ou l'autre de ces conditions, le juge ne pourra pas accorder les délais de paiement et la résiliation du bail pourra être constatée.

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