Transmission du patrimoine immobilier : pourquoi la SCI reste un outil incontournable

Anticiper la transmission de son patrimoine immobilier est une préoccupation majeure pour de nombreuses familles. Entre les droits de succession parfois élevés et les risques de blocage liés à l’indivision, la Société Civile Immobilière (SCI) s’impose comme un levier patrimonial de premier plan. En permettant de convertir un bien immobilier en parts sociales, elle ouvre la voie à une transmission progressive, maîtrisée et fiscalement optimisée. Voici comment tirer parti de cet outil avec l’accompagnement de votre notaire.
Transmission patrimoine immobilier SCI

Transmission du patrimoine immobilier : pourquoi la SCI est un cadre idéal

L’un des principaux atouts de la SCI réside dans sa capacité à transformer un bien immobilier, par nature indivisible, en parts sociales facilement transmissibles. Contrairement à la détention en direct, où la donation d’un immeuble ne peut se faire que de manière globale (ou en indivision, source fréquente de conflits), la SCI permet de transférer progressivement son patrimoine à ses enfants, en calibrant chaque donation au plus près des abattements fiscaux disponibles. C’est tout l’intérêt de la transmission du patrimoine immobilier via une SCI : une mécanique progressive et maîtrisée.

Le montage le plus répandu consiste à créer la SCI en amont de l’acquisition, avec un capital social modeste, puis à financer l’achat du bien par un emprunt bancaire contracté par la société. Les loyers perçus remboursent le crédit et, une fois celui-ci soldé, la valeur des parts augmente mécaniquement, sans aucun coût fiscal supplémentaire pour les enfants devenus associés. Il est également possible d’apporter un patrimoine déjà existant à une SCI, même si cette option implique une vigilance particulière sur la fiscalité des plus-values de cession (nous y reviendrons).

Par ailleurs, la SCI offre une gouvernance structurée grâce à ses statuts. Le gérant, généralement l’un des parents, conserve la main sur la gestion du patrimoine tout en ayant déjà transmis une partie des parts à ses enfants. Cette séparation entre pouvoir de gestion et propriété des parts constitue un avantage considérable par rapport à l’indivision, où chaque décision nécessite en principe l’accord de tous les co-indivisaires.

Quatre leviers fiscaux pour alléger les droits de donation

La décote pour illiquidité des parts

Lorsque vous détenez un bien par l’intermédiaire d’une SCI, la valeur de vos parts est généralement inférieure à la valeur du bien lui-même. La raison est simple : des parts de SCI ne se vendent pas aussi facilement qu’un bien immobilier sur le marché. L’administration fiscale admet donc l’application d’une décote, généralement comprise entre 10 et 20 %, pour tenir compte de cette moindre liquidité, de l’absence de marché organisé et de l’existence éventuelle de clauses d’agrément dans les statuts. Cette décote réduit directement l’assiette taxable pour le calcul des droits de donation.

La prise en compte des dettes de la société

C’est l’un des avantages les plus significatifs de la SCI par rapport à la détention en direct. Lorsqu’une donation porte sur un immeuble détenu directement, l’emprunt en cours ne peut pas être déduit de la base de calcul des droits de donation. En revanche, dans une SCI, la valeur des parts tient compte du passif de la société. Si la donation aux enfants intervient alors que l’emprunt est encore largement en cours, les parts sociales ne vaudront quasiment rien en termes d’actif net, et les droits de donation seront réduits d’autant, voire inexistants. Au fur et à mesure du remboursement, la valeur des parts augmentera naturellement, sans que cette plus-value ne génère de fiscalité supplémentaire pour les donataires.

Le démembrement de propriété : transmettre sans perdre le contrôle

Le démembrement des parts de SCI est l’une des stratégies les plus efficaces en matière de transmission. Le mécanisme est le suivant : les parents donnent la nue-propriété de leurs parts à leurs enfants tout en conservant l’usufruit. Ils continuent ainsi à percevoir l’intégralité des revenus locatifs (ou à occuper le bien) et à voter en assemblée générale sur les décisions relatives à l’affectation du résultat. Au décès de l’usufruitier, la pleine propriété se reconstitue automatiquement au profit des enfants, sans droit supplémentaire à acquitter.

L’avantage fiscal est double. D’une part, les droits de donation sont calculés uniquement sur la valeur de la nue-propriété, déterminée en fonction de l’âge de l’usufruitier selon le barème de l’article 669 du Code général des impôts. Plus le donateur est jeune au moment de la donation, plus la valeur de la nue-propriété est faible et l’économie fiscale importante. D’autre part, ce mécanisme peut être cumulé avec la décote pour illiquidité évoquée précédemment, ce qui réduit encore davantage l’assiette taxable

La donation progressive pour exploiter les abattements

Plutôt que de donner la totalité des parts en une seule fois, il est souvent plus judicieux de procéder par étapes. Chaque parent bénéficie en effet d’un abattement de 100 000 € par enfant, renouvelable tous les quinze ans. Un couple avec deux enfants peut ainsi transmettre jusqu’à 400 000 € en franchise de droits à chaque cycle de quinze ans. En combinant cette donation progressive avec le démembrement, l’assiette taxable peut être considérablement réduite, permettant dans bien des cas de transmettre un patrimoine immobilier significatif sans aucun droit à payer.

Cas particuliers : apport de biens existants et mise en réserve

La transmission du patrimoine immobilier en SCI est idéalement anticipée dès l’acquisition du bien, mais il est tout à fait possible d’apporter un patrimoine déjà détenu à une société civile. Cet apport est cependant assimilé à une cession du point de vue fiscal, ce qui déclenche l’imposition de la plus-value. Pour limiter cet impact, il est préférable d’apporter en priorité des biens détenus depuis plus de trente ans, qui bénéficient d’une exonération totale de plus-value au titre de l’impôt sur le revenu comme des prélèvements sociaux.

Enfin, lorsque la SCI est soumise à l’impôt sur les sociétés, un mécanisme souvent méconnu mérite une attention particulière : la mise en réserve des bénéfices. Concrètement, les parents usufruitiers peuvent décider de ne pas distribuer les résultats de la société et de les capitaliser au sein de la SCI. Au décès de l’usufruitier, les enfants nus-propriétaires récupèrent la pleine propriété des parts, augmentée des réserves accumulées, sans droits de succession supplémentaires sur cet accroissement d’actif. Si la SCI met en réserve 30 000 € par an pendant dix ans, ce sont 300 000 € de valeur supplémentaire transmis en franchise de droits.

Les précautions indispensables

La SCI n’est pas un dispositif miraculeux et sa mise en place suppose un certain nombre de précautions. L’administration fiscale peut remettre en cause les avantages obtenus si la société est jugée fictive ou constituée dans un but exclusivement fiscal, sur le fondement de l’article L. 64 du Livre des procédures fiscales relatif à l’abus de droit. Il est donc essentiel que la SCI ait une réalité concrète : tenue régulière des assemblées générales, comptabilité à jour, respect des formalités statutaires.

La rédaction des statuts mérite également une attention toute particulière. Les clauses relatives à l’agrément des nouveaux associés, à la répartition des pouvoirs entre usufruitiers et nus-propriétaires, ou encore aux conditions de cession doivent être rédigées avec soin pour éviter tout blocage ultérieur. De même, l’évaluation des parts doit être réaliste : une sous-évaluation excessive peut entraîner un redressement fiscal majoré.

Le choix entre l’impôt sur le revenu (IR) et l’impôt sur les sociétés (IS) est également structurant. La SCI à l’IR conserve le régime fiscal des particuliers et permet de bénéficier des abattements pour durée de détention sur les plus-values en cas de revente. La SCI à l’IS, en revanche, permet d’amortir le bien et de capitaliser les bénéfices, mais entraîne une fiscalité plus lourde lors de la cession de l’immeuble. Ce choix doit être mûrement réfléchi en fonction de vos objectifs patrimoniaux à long terme.

Anticiper, c’est protéger

La transmission du patrimoine immobilier via la SCI est un outil puissant, à condition d’être mis en œuvre avec rigueur et anticipation. Démembrement, décote, abattements renouvelables, prise en compte du passif : les leviers sont nombreux pour alléger la facture fiscale tout en conservant le contrôle de son patrimoine. Mais chaque situation familiale est unique, et les conséquences d’un montage inadapté peuvent être coûteuses.

C’est pourquoi l’accompagnement d’un notaire est essentiel dès les premières réflexions. Nos équipes à Bordeaux et Biarritz vous accompagnent dans la structuration de votre SCI, la rédaction de statuts adaptés à votre situation familiale et l’optimisation de votre stratégie de transmission.

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